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  • : D'un côté, le club vidéo du lycée Branly. De l'autre, au lycée Mariette, un club ciné. Entre les deux, des liens autour d'un goût commun pour le cinéma.

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Mardi 10 novembre 2009
Nous ne sommes pas en mesure pour l'instant de vous indiquer les horaires.

Mais en  attendant, ces condensés de synopsis, qui nous ont été fournis par
Jérôme Lefebvre (projectionniste aux Stars) vous donneront un avant-goût du programme...



Historias minimas
de Carlos Sorin (Bombon El Pero, El Camino De San Diego) - 2003 - 1h34
 
A des milliers de kilomètres du sud de Buenos Aires, trois personnages voyagent le long des routes désertes de la Patagonie du Sud. Don Justo, retraité de 80 ans et ancien propriétaire d'une droguerie dirigée par son fils, s'enfuit de son domicile pour échapper à son emprise. Il part retrouver son chien disparu qu'un ami prétend avoir aperçu à San Julian...
Roberto, un représentant de commerce d'une quarantaine d'années, accomplit le même périple à bord de sa vieille voiture, emportant avec lui une charge bien encombrante : un gâteau à la crème, cadeau d'anniversaire destiné au fils d'une jeune veuve qu'il convoite... Le même jour, Maria Flores, 25 ans, se retrouve avec sa petite fille sur cette même route. Cette jeune femme est arrivée gagnante pour participer à la finale d'un jeu télévisé. Chacun voyage de son côté, mais ces histoires et illusions vont s'entrecroiser.
 
La Ventana (La Fenêtre)
Drame de Carlos Sorin (idem) - 2009 - 1h15
 
Au nord de la Patagonie, au cœur d'une hacienda, Antonio, 80 ans, attend. Des rayons de lumière tourbillonnent à travers la fenêtre, des voix et des bruits proviennent de l'intérieur de la maison, comme d'habitude. A l'orée de sa vie, le vieil homme se tourne vers la fenêtre, pour s'évader en pensée et attendre le retour de son fils, éloigné de lui depuis des années...

Sélection Officielle au Festival de Toronto 2008.
 

Nuevas Reinas (Neuf reines)
Thriller de Fabian Bielinsky (El Aura) - 2002 - 1h55
 
Juan et Marcos, deux petits arnaqueurs sympathiques mais sans envergure de Buenos Aires, se rencontrent au moment où ils s'apprêtent à commettre un même cambriolage. Durant vingt-quatre heures, ils s'associent pour voler une planche de neuf timbres rarissimes appelés les Nueve Reinas. Ils espèrent ainsi les revendre à un collectionneur vénézuélien.
Pour mener à bien leur affaire, ils font appel à Valeria, la séduisante soeur de Marcos.

Grand Prix Cognac 2002 et Prix Première du Public, LES NEUFS REINES est le premier film de FABIAN BIELENSKY.
 
 
Leonera
Drame de Pablo Trapero (Mundo Grua, El Bonaerense, Familia Rodante, Nacido y Criado) - 2008 - 1h53
 
Julia, 26 ans, enceinte de quelques semaines, découvre chez elle le corps de deux hommes dont celui du père de son enfant. Incapable de se souvenir des circonstances du meurtre, elle est incarcérée dans une prison spéciale pour jeunes mères en attente de son procès. Elle y donne naissance à un fils, Thomas. Lorsqu'elle est condamnée, Julia sait qu'elle ne pourra garder Thomas près d'elle que 4 ans. Malgré l'enfermement, elle vit avec son fils de véritables moments de bonheur.
Un jour, la mère de Julia, exilée en France depuis plusieurs années, vient prendre le garçon. Bouleversée par cette séparation, Julia va tout faire pour le récupérer.

Sélection Officielle en Compétition au Festival de Cannes 2008.
 
 
Cordero de Dios (Agnus Dei)
Drame de Lucia Cedron - 2008 - 1h30
 
En 2002, en pleine crise économique argentine, Arturo est enlevé à Buenos Aires. Sa petite-fille Guillermina est contactée par les ravisseurs et fait appel à sa mère Teresa, qui s'est exilée en France en 1978, après l'assassinat de son mari. Alors que mère et fille cherchent l'argent de la rançon, les événements du passé trouvent peu à peu un écho dans le présent.
 
 
 
Amorosa Soledad
Comédie Dramatique de Martin Carranza - 1h16 - 2009
 
Suite à une rupture, Soledad décide de rester seule pendant 3 ans afin d'éviter un autre déboire amoureux. Dès lors, tout contredit son projet. Pour Soledad, hypocondriaque, rien n'est simple, jamais : nouvelle rencontre, retour de "l'ex", relations avec ses proches...



Par Routes de la critique - Publié dans : Actu ciné
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Mardi 10 novembre 2009

Pour rendre hommage à un héros d'ici (Boulogne sur mer) et plus encore  de là bas : le Géneral San Martin, le cinéma des Stars, avec la complicité de professeurs du Lycée Mariette, vous présente en ce printemps sud - américain (eh oui!),  un bouquet choisi de six  films argentins...
 


Séances à surveiller de près  à partir du 18 novembre (petit programme bleu)... Les Hispanistes du lycée Mariette auront la chance d'y aller, mais les séances sont bien entrendu  ouvertes à tous. En version orginale sous titrée ¡claro!

N'hésitez pas à vous renseigner au cinéma Les Stars, mais aussi auprès de M. Popu (projet Argentine), de Mme Derache et de tous les professeurs d'espagnol du lycée Mariette.

Par Suzanne des Routes de la critique - Publié dans : Actu ciné
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Mardi 10 novembre 2009

Vu en son temps par les élèves du club ciné, le dernier film d’Alain Resnais n’avait pas été chroniqué. Ce qui ne pouvait être qu’un oubli au moment de l’effervescence cannoise est aujourd’hui réparé alors que le film est sorti en salles depuis mercredi. A voir de toute urgence aux Stars de Boulogne sur Mer.

 


 

Les Herbes Folles d’Alain Resnais (2009).

 

        Ca fait du bien. Oui, ça fait du bien de temps en temps de voir un film comme celui-là. Ca fait du bien et, en même temps, ça rassure. Qu’est-ce-qui rassure ? Eh bien, de voir qu’on peut encore proposer des films aussi inventifs, aussi imprévisibles, pas forcément ambitieux du genre qui pète plus haut que son cul. Non, ce n’est pas du tout ça, c’est juste un film inattendu et pourtant mille fois déjà vu (une relation plus ou moins tumultueuse entre un homme et une femme), à la fois léger et grave, un pied dans le quotidien (un achat dans un magasin de chaussures, un repas de famille, des soins dans un cabinet dentaire entre autres scènes qui ponctuent l’intrigue) et  l'autre ailleurs, dans les nuages, dans les étoiles ou sur la lune, où vous voulez, mais pas de ce monde ci.

        Vous me direz que c’est forcément dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes et vous n’aurez peut-être pas tout à fait tort. Il y a quand même un peu de ça. De quoi au juste ? De la fantaisie, une liberté formelle et narrative, des acteurs épatants et puis, pour le spectateur, le plaisir d’avoir connu une parenthèse où l’enchantement côtoie une étrangeté inquiétante, la sensation d’avoir été happé dans une faille temporelle, d’avoir été complètement baladé ailleurs.

        Qui d’autre qu’un vieux maître peut se permettre des choix stylistiques que l’on peut juger tape à l’œil et/ou étonnants, comme des incrustations, des ouvertures ou fermetures à l’iris, à une époque où tout paraît formaté ? Qui d’autre peut se payer le culot d’user et d’abuser d’une lumière outrancière (rouge, jaune, bleue, verte, etc…) afin d’éclairer la grande majorité des scènes au risque d’agacer le spectateur en renforçant l’artificialité ou l’irréalité qui se dégagent de l’ensemble du film ? Mais cette irréalité, très fauve dans l’esprit (1), n’en dit-elle pas plus long sur la psychologie des personnages que de longs dialogues bien pesants (souvenons-nous du lourdingue Antichrist) ? D’une manière générale, la couleur joue un rôle essentiel et fait du film un patchwork graphique à la Mondrian : le rouge d’un portefeuille, d’un manteau ou d’une chevelure, celle de l’héroïne précisément ; le bleu de la carrosserie d’une voiture ou de la peinture utilisée pour repeindre les huisseries d’un pavillon de banlieue ; le jaune d’un sac à main… des couleurs primaires et ordinaires pour une passion qui est loin de l’être. Et pourquoi ne l’est-elle pas ?

        Parce qu’il y a le personnage de Georges Palet, joué par André Dussollier, un drôle de bonhomme qui n’est pas sans rappeler certains personnages de Marguerite Duras. Ceux, hommes ou femmes, qui ont connu des choses terribles dont on ne saura jamais rien, et qui sont capables de tout … Georges Palet ou la réincarnation des Jean-Marc de H. (le Vice-Consul rappelé de Lahore), Claire Lannes et autres Lol V. Stein ? Regardez bien l’affiche du film qui lorgne du côté de Magritte : c’est bien lui dont la tête a été remplacée par un bouquet d’herbes folles…

 

 

NOTES :

(1) Voir l’entretien d’Eric Gauthier, chef opérateur, dans le n° 650 des Cahiers du cinéma (novembre 2009).

 

Eric POPU

 

 

Par Routes de la critique - Publié dans : Chroniques ciné
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Jeudi 22 octobre 2009

  
     Notre club ciné  a repris et bien repris! Après un premier visionnement de La Vague de Dennis Gansel, , la révision des fondamentaux et la découverte d'un grand classique,  Metropolis, nous avons repris les "routes de la critique", sous une pluie battante, pour nous intéresser, cette fois, au dernier film de Michael Haneke, que nous n'avions pas vu à Cannes, mais qui n'en remporta pas moins  la Palme d'or. Le film était diffusé à l'Alhambra de Calais, mercredi 21 octobre, à 14h00. Nous vous livrons ici le fruit de nos réflexions.


 

Le Ruban Blanc de Michael Haneke (2009).


   
« Déroutant », « austère », « oppressant », « malsain » : ces quelques mots vous donneront probablement envie d’aller voir le dernier film de Michael Haneke, palme d’or au dernier Festival de Cannes! ils sont en tout cas les premiers qui nous sont venus à l’esprit,  à la sortie de la salle de projection de l’Alhambra de Calais, ce mercredi 21 octobre 2009. Dès le générique, Haneke campe l'atmosphère : elle sera sobre et dépouillée (du noir et pas de musique). Puis, l’écran s’éclaircit pour proposer une scène de la vie rurale filmée en noir et blanc au début du XXè siècle : jusque là rien d’étonnant pour un film qui d’emblée propose une narration rétrospective. Un narrateur, l’instituteur d’un village d’Allemagne, égrène ses souvenirs et raconte les faits qui ont troublé, à la veille de la 1ère Guerre mondiale, la communauté villageoise dans laquelle il vit.

      Tout commence par la chute d’un cheval et surtout d’un homme, médecin du village. Visiblement, la chute n’est pas accidentelle et elle inaugure une série d’événements inexpliqués (ils ne le seront d’ailleurs jamais). Finalement, cette première scène résume à elle seule les enjeux du film : la chute des pères de famille, la chute d’hommes qui a priori incarnent l’autorité, la respectabilité, les valeurs morales d’une société, à une époque donnée. En effet, nous sommes dans une communauté quasi autarcique fondée sur un système encore féodal (un aristocrate est le « chef » de cette communauté) et faussement soudée autour des pratiques religieuses et des valeurs chrétiennes. Le pasteur est d’ailleurs un personnage clé du film : il est celui qui incarne le plus clairement la figure paternelle. Nous touchons là un des thèmes du film : les scènes de confrontation entre les pères et les enfants se multiplient et mettent en avant une éducation basée avant tout sur l’autorité, les interdits, la culpabilisation, l’humiliation mais aussi les châtiments corporels. Cependant, le propos du réalisateur ne tombe pas dans la caricature : certains de ces pères (notamment le pasteur) sont soucieux de donner une bonne éducation à leur progéniture. Ce que nous montre Haneke c’est qu’elle n’obtient pas les résultats escomptés. Est-ce parce que les sentiments s’expriment pas ou peu, que la tendresse que l’on porte à un être cher comme un enfant jamais ne se dit ni ne se montre ?

      L’esthétique du film ne se limite pas à « faire joli » : le traitement de la lumière, les extérieurs souvent très éclairés alors que les intérieurs des maisons sont plus sombres contribuent à la réflexion sur l’innocence et la cruauté ou la perversité. Tandis que la plupart des scènes d’extérieur semble nous renvoyer une image de quiétude, les scènes d’intérieur aux cadres resserrés et à l’éclairage moins prononcé sont sans doute les plus violentes : derrière les murs de chaque maison, se jouent des tragédies qui n’épargnent aucune famille. A cet égard, le montage joue assez habilement sur la passage d’une famille à l’autre, jouant délibérément sur une certaine confusion: sommes-nous encore dans la maison du pasteur, ou cette silhouette derrière la porte n'est-elle pas celle du médecin ? Cette société patriarcale, corsetée dans sa hiérarchie, ses principes et sa loi du silence, n'a pu se prémunir contre le mal qui la gangrène. Le fait de situer l'action à la veille de le première guerre mondiale nous invite alors à une lecture historique: ce village, miroir de toute une nation, porterait-il en lui le germe des fléaux à venir ? Seuls un couple d'amoureux (venus de l'extérieur, et peut-être sans destin), et une femme sur la voie de l'émancipation apportent une lueur d'espoir et d'humanité à un noir et blanc finalement bien sombre.

 


Bastien, Catherine, Jessy, Julien, Sonia, M. Popu et Mme Sourget

 


Par Routes de la critique - Publié dans : Chroniques ciné
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Dimanche 18 octobre 2009

Au Club ciné du Lycée Mariette, on voit des films certes ... mais on réfléchit surtout, on lance des pistes aussi, on analyse des séquences, on dissèque des plans ...
Cette année, pour tenter de mettre en perspective
La Vague, on a décidé de faire les choses dans l'ordre chronologique : quitte à réfléchir sur l'utopie et la contre-utopie (cahier des charges imposé par BSB, doit-on le rappeler !), autant commencer par l'un des plus importants cinéastes germanophones de l'histoire du cinéma et qui a été aussi celui qui a quasiment inventé le cinéma d'anticipation (le plus souvent dystopique par ailleurs) à savoir Fritz Lang. D'où l'idée de se pencher, pour commencer notre réflexion, sur Metropolis, un classique d'une des périodes les plus fécondes de l'histoire du cinéma allemand. Ce qui suit n'est pas une critique du film mais plutôt des pistes de réflexion soulevées au cours de nos deux dernières séances de travail. Les parties "synopsis" et "quelques mots sur le film" sont proposées par Monsieur Popu. Une deuxième partie devrait suivre : elle sera consacrée aux questions politiques soulevées par le film. Enfin, un grand merci à Mademoiselle Flamand qui, de loin mais de manière efficace, a contribué à rendre cette réflexion enrichissante pour tous.


Le Club ciné du Lycée Mariette.

 

Metropolis de Fritz Lang (1927).




Synopsis : Le fils du grand industriel qui dirige Metropolis, la cité du futur, découvre les terribles conditions de travail des ouvriers qui vivent sous terre. Il tente d’apaiser leur révolte destructrice, menée par un robot qui a pris apparence humaine.

 

Quelques mots sur le film : Projet pharaonique (plus d’un an de tournage, des milliers de figurants), le film de Lang, scénarisé par sa femme Théa Von Harbou, a coûté très cher à l’UFA. Ce fut un échec commercial assez retentissant alors que le couple était à son apogée notamment depuis le premier volet de la saga consacrée à Mabuse. Le film est coupé dès le lendemain de la première en janvier 1927, puis mutilé et remonté pour sa sortie américaine. Il manque aujourd’hui environ 30 mn de pellicule. Sur le fond, il a suscité de vives critiques de la part de quelques intellectuels de l’époque. Ainsi, H.G. Welles dans le New York Times dénonce un film « qui concentre à peu près tous les clichés, toutes les bêtises, toutes les platitudes imaginables sur le progrès mécanique ». Les « copains » cinéastes ne sont pas forcément plus tendres. Ainsi, Luis Buňuel déclarait en 1927 que « ce qui nous y est raconté est trivial, ampoulé, pédant, d’un romantisme suranné ». Lang est aussi attaqué sur l’ambiguïté du message final. Lui-même a déclaré quelques temps plus tard : « (…) je n’aime pas Metropolis parce que je trouve que le film essaie de régler un problème social d’une manière puérile ». Quelques décennies plus tard, le film est considéré comme un classique surtout en raison de sa force visuelle. Ce qu’affirme Luis Bunuel dès 1927 : pour lui, Metropolis est « le plus merveilleux livre d’images qui puisse se composer ».

 

 

Utopie et dystopie dans Metropolis : Le film de Fritz Lang est intéressant dans la mesure où il établit une sorte de va-et-vient entre utopie et contre-utopie.

 

ELEMENTS PERMETTANT DE RATTACHER LE FILM A L’UTOPIE

ELEMENTS PERMETTANT D’ENVISAGER LE FILM COMME UNE CONTRE-UTOPIE

I/ Le lieu.

(du grec ou : non ; topos : lieu) en aucun lieu, un non-lieu, lointain, insulaire, isolé, inaccessible ... Metropolis, la cité du futur, création de Joh Fredersen, ne peut être située. La partie supérieure de cette cité s'apparente à un paradis perdu caractéristique de l'Utopie. La classe supérieure de Metropolis y vit dans la paix, la joie, l'harmonie et l'insouciance. Les formes du décor (nombreuses lignes courbes) s'opposent aux lignes verticales et horizontales qui emprisonnement les travailleurs de la partie souterraine (Lang utilise d'ailleurs le surcadrage).


III/ Vision de l’Homme.

1. Le film repose sur le thème classique de l’affrontement entre le Bien et le Mal. A la fin du film, le Bien triomphe (cf. séquence du combat entre Freder et Rotwang au sommet de la cathédrale : il s’achève par la mort du savant fou).

Ce combat est symbolisé par la confrontation du noir (Rotwang) et du blanc (Freder), un des codes esthétiques de l’expressionnisme au cinéma.

On peut noter le recours aux références gothiques de la fin du Moyen et du début de la Renaissance en Allemagne (tour de Babel rappelant Pieter Bruegel l’Ancien, clin d’œil aux danses macabres, présence d’une cathédrale qui dénote dans le paysage ultra-moderne de Metropolis tout comme la maison de Rotwang).

Les références au christianisme (les catacombes qui rappellent le christianisme primitif) et aux mythes bibliques (comme Babel ou Moloch) achèvent d’inscrire le film dans un environnement religieux.

Autres références au christianisme :  Existence de Freder avant la découverte de la ville basse : divertissement (par opposition au monde d’en bas), abondance type « Jardin des délices » cf Bible. Image convenue de l’utopie comme lieu de bien-être (pays de cocagne, Eldorado, etc…) + Figure paternelle du Créateur de la cité idéale de Metropolis : Fredersen (cf réplique de Freder « Père, vous êtes le cerveau d’une ville magnifique ») + Destruction de la ville basse par l’inondation : colère divine, expression de la destruction des villes bibliques ; punition divine. Notion de fléau (cf Bible : référence visuelle à l’arche de Noé : rassemblement des enfants autour de Maria). + Idée messianique : attente du « médiateur » entre le « cerveau » et la « main ». Seule Maria sait le reconnaître. Or Maria renvoie à Marie = connotation chrétienne. D’ailleurs, la première fois où Maria s’est présentée devant Freder accompagnée des enfants, n’a-t-elle pas parlé de « Frères et sœurs ». Connotation biblique. Maria a reconnu en Freder le Fils de Fredersen mais aussi le « médiateur » = idée messianique ; il est l’élu. Le culte messianique ne relève-t-il pas  lui aussi de l’utopie ? Qui plus est, le personnage de Freder place souvent sa main sur sa poitrine (cœur). Son attitude le révèle. Autre élément probant : dans les catacombes, une lumière descent sur lui (dogme de la désignation). Autre connotation chrétienne qui fait de Freder un nouveau Messie : à la mort de l’ouvrier qui lui est venu en aide et avec lequel il avait échangé ses vêtements, l’homme, dans un dernier souffle, dit être « resté fidèle ». Référence au Nouveau Testament. Dimension apostolique.

2. Le thème de la dualité profonde de l’être humain est aussi au cœur du film. Ce questionnement de l’identité humaine est récurrent dans le cinéma de Fritz Lang tant en Allemagne qu’à Hollywood. Le personnage qui incarne le mieux cette dualité est Maria, tantôt prédicatrice pacifique dans les catacombes de Metropolis tantôt robot humanisé au service du plan de vengeance ourdi par Rotwang contre le maître de Metropolis. Sur le plan plastique, cette dualité s’exprime par l’omniprésence des ombres, autre marqueur de l’expressionnisme et la stylisation des jeux de lumières (importance du chef opérateur).

 

 

 

 

 

 

V/ Le temps à Metropolis.

Notion d’uchronie : Deux temporalités co-existent à Metropolis :

-Horloge du travail : sur un cadran : 10h. Evocation du rythme infernal de travail (Freder : « père, les 10heures ne prendront-elles jamais fin ? »).

-Horloge du temps humain : temporalité réaliste et conforme à la nôtre (plan sur la montre de Fredersen : sur le cadran : 12h).

Un plan montre ces deux temporalités, illustrées par 2 cadrans l’un en dessous de l’autre.

La mesure du temps selon le cadrant des 10h relève de l’uchronie : rentrer dans une autre temporalité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 










II /
 La vision de la  ville.
 

Elle offre au regard du spectateur une architecture audacieuse et futuriste qui écrase l’homme (cf. quelques plans en plongée qui ponctuent le film). Constructions monumentales. Opposition entre ville supérieure et ville souterraine, notamment la salle des machines : dans la séquence de la vision de Freder, on a l’impression d’un lieu tout droit sorti de l’Enfer (cf. fumées).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 













IV/
Les dérives de la science.

Le film met en scène la figure du savant fou, du créateur omnipotent qui met son savoir et sa création au service du mal ou d’une vengeance personnelle dans le cas de Rotwang. Le personnage de Rotwang n’est pas sans rappeler les autres personnages machiavéliques de l’œuvre de Lang comme Mabuse, lui-même rappelant le docteur Caligari de Robert Wiene. Tous pratiquent l’hypnose pour soumettre leur monde.

 

 

 

 

 





 

VI/ Les dérives de la civilisation industrielle.

Le film met en scène l’asservissement des ouvriers aux machines. La 1ère séquence du film les montre en plans larges qui accentuent leur déshumanisation (uniformes identiques, démarches robotiques, ils n’ont pas de nom mais un numéro, réplique d’un ouvrier à Freder : « il doit y avoir quelqu’un à côté de la machine » : volonté humaine soumise au diktat de la machine ; machine dévoreuse d’hommes : une vision de Freder évoque un sacrifice humain à Moloch). Cet aspect du film influencera probablement Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes où l’on retrouve la critique d’un travail qui aliène l’homme.

 

 

NOTES :

Moloch : dans la tradition biblique, divinité à laquelle les Ammonites sacrifiaient leur premiers-nés en les jetant dans un brasier. Dans la démonologie chrétienne du 16ème siècle, Moloch symbolise aussi le démon.

Babel : projet du roi Nemrod souhaitant construire une tour dont le sommet devait atteindre le ciel. L’impossibilité de l’achever (en multipliant les langues afin que les descendants de Noé ne se comprissent plus) est le symbole du châtiment du Dieu voulant punir les hommes de leur orgueil.

Le robot créé par Rotwang est une référence directe au roman de Villiers de L’Isle-Adam L’Eve future, paru en 1886. Lord Ewald est un homme désespéré : il est amoureux d’une femme d’une grande beauté mais dotée d’un esprit médiocre. Il confie son désarroi à son ami, le scientifique Thomas Edison qui propose une solution au problème de Lord Ewald : créer une créature mécanique parée de toutes les qualités, beauté, sensibilité et intelligence. Premier auteur à aborder le thème de la machine à visage humain (rien à voir avec l’automate).

Uchronie : (du grec :ou : non ; chronos : temps) hors du temps (ou temps de fantaisie, ou temps arrêté...).

 

 

SOURCES :

Michel CIMENT, Fritz Lang : le meurtre et la loi, Découvertes Gallimard, 2003.

Aurélien FERENCZI : Fritz Lang, Le Monde et Cahiers du cinéma, 2007.

Fritz LANG, Trois lumières : écrits sur le cinéma, Ramsay Poche cinéma, 2007.

Par Routes de la critique - Publié dans : Chroniques ciné
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