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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 12:00

 

 

Saint Laurent de Bertrand Bonello (2014) 

 

Avec son Saint Laurent, Bertrand Bonello ne propose pas seulement (ou pas vraiment) un film sur la mode (malgré des scènes, nombreuses et précieuses, dans les ateliers de la maison Saint Laurent, petit clin d’œil aux documentaires de Loïc Prigent, dont le très savoureux Signé Chanel). Ce n’est pas vraiment non plus le portrait d’un génie torturé, tarte à la crème des « biopics » consacrés aux artistes, peintres, chanteurs ou encore couturiers. Non, Saint Laurent est bien plus que cela, c’est une oraison funèbre, le chant du cygne d’une époque, d’une façon d’envisager la vie, celle des décadents, teintée de dandysme et d’esthétisme vénéneux. Et le film de convoquer les fantômes de Huysmans/Des Esseintes (A rebours), de Jean Lorrain (Monsieur de Phocas), de Marcel Proust et de Luchino Visconti (décédé en 1976, année où Saint Laurent propose sa collection Opéra-ballet russes). Le film s’achève, et ce n’est pas un hasard, à la fin des années 70. La décennie suivante marque le début du règne des traders… Autres temps, autres mœurs…

Eric Popu

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 16:01

 

 

    Ce week-end à Hollywood, l’Académie des Oscars a cru bon de récompenser l’insupportable Twelve years a slave de Steve McQueen… Heureusement qu’elle a sauvé un peu son honneur en attribuant quelques statuettes à Gravity, le film d’Alfonso Cuaron qui avait, à juste titre, marqué l’année cinéma 2013 (malgré son final quelque peu indigeste) et en consacrant aussi deux excellents acteurs (Cate Blanchett et Matthew McConaughey).

 

      S’agissant du film de Steve McQueen, on ne peut que rappeler l'immense déception qu'il a généré dès sa sortie sur les écrans français. Ce troisième long-métrage qui, en plus d’être malhonnête (Brad Pitt, producteur ou co-producteur, qui endosse le beau rôle, il fallait oser le faire !), est assez représentatif d'une certaine tendance de la production actuelle et qu’on pourrait qualifier de cinéma de l'humiliation où le sadisme le plus abject est montré avec une complaisance consternante et le moins de distanciation possible. Oui mais, n'est pas Pasolini (celui de Salo) qui veut !

 

     Montrer les personnages qui ne cessent de souffrir, souffrir et encore souffrir... et surtout montrer les stigmates de cette souffrance, le corps sanguinolent… voilà le seul moyen qu’ont trouvé certains réalisateurs pour, semble-t-il, essayer de parvenir à atteindre le spectateur, mais qui et  que souhaite-t-on atteindre avec ce genre d'images : son cerveau, siège de son intelligence et de sa capacité à raisonner (c'est raté)  ? Son cœur ? On prend le risque de susciter une pitié bien pensante mais mal inspirée. Susciter sa colère vis-à-vis d'un système ignominieux et des hommes qui l'ont incarné ? Hélas, ce n’est pas comme cela qu’on forme des citoyens. Fritz Lang l’a bien assez démontré dans plusieurs de ses films. Et puis d’ailleurs, y’a-t-il encore des gens à convaincre ? Si c’est le cas, eh bien, le monde va encore plus mal qu’on ne pourrait le croire !

 

      Le film aurait surtout gagné à poursuivre la réflexion après la libération de Salomon et à s'attarder un peu moins dans les champs de coton et son cortège nauséeux de flagellations et de lynchages… Et la martyrologie chrétienne, comme référence esthétique absolue et incontestable, a bon dos ! Rien y fait, c’est encore plus détestable !

 

    C'est en voyant le film de McQueen qu'on se dit que le cinéma de Lars Von Trier continue de laisser des traces. Cela dit, sur le même sujet le réalisateur danois a fait bien pire (voir l'impayable Manderlay sorti en 2004).

Eric POPU

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 16:25

Multirécompensé en Italie (meilleur film) et au festival de Berlin (Ours d'or), César doit mourir est le dernier film en date de cinéastes italiens réputés, titulaires d'une Palme d'or, Paolo et Vittorio Taviani. Dernière récompense : il a obtenu le Prix Jean Renoir des Lycéens 2013 !

 

 

 

 

César doit mourir de Paolo et Vittorio Taviani (2012).

 

Le nouveau film des frères Taviani est a mi-chemin entre la réalité et la fiction. Il était donc assez désorientant, surtout au début. Il a semblé à la classe que la pièce de Shakespeare prenait le pas sur le reste : c’est Jules César avant tout, dans divers dialectes italiens. Certains spectateurs ont donc trouvé que le film ne tenait pas vraiment ses promesses de documentaire sur la prison et leurs habitants ; ils ont donc ressenti une part de frustration. Nous avons tout de même pu apprendre des choses sur les acteurs à travers leurs rôles (le casting, mais pas seulement).

Quelques élèves ont beaucoup apprécié la fusion du théâtre et de la réalité, l’ambiguïté pemranente entre les deux (en particulier des élèves pratiquant le théâtre !), mais il aurait été peut être plus intéressant aux yeux d’autres élèves que ce soit plus explicite, que la rupture théâtre/ quotidien de la prison soit plus nette.

La capture en noir et blanc peut être interprétée par les spectateurs de façon à montrer le contraste entre la prison et l’extérieur. Mais pour le réalisateur, c’était un moyen de faire ressortir le passé, et peut-être aussi un aspect irréaliste (alors que le noir et blanc est parfois attaché au néoréalisme) : car la prison est un « plateau de l’absurde ». C’est donc devenu « une nécessité stylistique qui nous plonge dans un univers intemporel ».

Certains ont trouvé qu’il y avait un manque de « l’ambiance de la prison » (bruit, règlements de compte, circulation de drogues…), que l’image que le réalisateur en donnait était trop poétisée ; mais au contraire, d’autres ont trouvé qu’il cassait l’image du « film de prison » et que c’était une bonne chose que la réalité de la prison ait été intériorisée. Les policiers sont montrés comme des spectateurs, ce qui montre la magie du théâtre car il entre dans la prison. Cela montre aussi que l’art peut nous emmener dans un autre monde.

A travers ce film, l’auteur veut peut-être monter que les prisonniers sont capables de faire quelque chose de leur vie, malgré leur passé.

Nous avons eu l’impression qu’ils s’imprégnaient bien de leurs personnages, sauf le fou, même s’il correspond bien à un personnage d’une pièce shakespearienne, car il y a souvent des personnages comme lui, qui donnent l’impression de ne rien avoir à faire dans la pièce alors que leur rôle est important (remarque de notre professeur de français : personnages de « clowns » ou encore bouffon : celui qui révèle la vérité. Ici, c’est un devin !).


Compte rendu rédigé par Justine Lesage (1ère L1) après une heure de discussion en classe.

 

 

Note : rendons à César ce qui est à César !

Le passage concernant le "plateau de l'absurde" et le choix du noir et blanc s'imposant comme "une nécessité stylistique qui nous plonge dans une univers intemporel" est constitué d'extraits d'une interview donnée par les frères Taviani à la revue Positif (n° 620, octobre 2012). 

 

 

 

 

 


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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 11:03

 

Un regard sur un des films proposés dans le cadre du Prix Renoir et présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs en 2012. 

 

 

 

Rengaine de Rachid Djaïdani (2012).


Sorti au cinéma le 11 novembre 2012, Rengaine, ce petit film français d’1h15 nous plonge au cœur d’une vérité surprenante et touchante.

Cette histoire se passe à Paris. Dorcy, un comédien débutant va de casting en casting dans le but de se faire un place dans le monde du cinéma. Sa petite amie Sabrina est une jeune « beurrette » libérée, qui accepte la demande en mariage de Dorcy. Cependant, un problème se pose. Sabrina est née d’une famille musulmane de « quarante frères » (ce qui est bien sûr symbolique), Dorcy d’une famille africaine catholique et les deux familles sont contre ce mariage. Ce problème inter-ethnique amène l’un des aînés de la famille, Slimane, avec l’aide de ses frères à faire des recherches pour rencontrer le futur mari de sa petite sœur. Contre ce mariage, il est prêt à tout pour le retrouver. Cependant, l’intrigue du film film prend une autre tournure. La petite amie de Slimane, Nina est une « feuj » amoureuse de Slimane qui compte vraiment briser ces préjugés entre ces religions et vivre heureuse avec son futur mari. Slimane qui a peur de la réaction de sa famille n’a pas encore pris le risque de la présenter, ce qui ne plaît pas à Nina. Elle a l’impression de vivre cachée et d’être rejetée, et finit par repousser Slimane. C’est alors que a remise en question de Slimane débute. Il lui promet d’arranger tout ça puis va à la rencontre de son frère aîné qu’il n’a pas vu depuis trente ans. Rejeté par sa famille car il est homosexuel, il lui fait la morale. Seul, sans savoir quoi penser, il décide de se rendre à l’adresse de Dorcy et se regardant dans le blanc des yeux, laissant couler quelques larmes… il lui demande pardon.

Ce petit bout de film est d’une réalité extrêmement touchante. Le déroulement de l’histoire est bien joué par ces acteurs et l’histoire en elle-même attire notre sympathie. Tous ces préjugés existant entre ces deux familles restent encore tabous à l’heure d’aujourd’hui et le choix de faire un film qui dénonce cette intolérance est selon moi une très bonne idée. La scène que j’ai vraiment trouvée réussie fut celle de l’enlèvement de Dorcy (qui a pourtant semblé gratuite à bon nombre de mes camarades). On y croit réellement et Djaïdani fait monter le suspens ; en tant que spectateurs, nous pouvons dire que c’est l’action qu’il nous fallait pour rentrer complètement dans le film. Il fallait qu’une scène nous chamboule l’esprit pour que l’on ressente une certaine peur en ce qui concerne la vie du personnage. Cependant nous pouvons dire que le réalisateur aurait pu éviter que toutes les scènes soit filmées caméra à l’épaule, car cela a parfois tendance à agacer le spectateur. Il a l’impression d’être dans une bulle instable. Pour ma part, je n’ai pas forcément trouvé cette technique nécessaire, j’ai même pensé que cela devenait un artifice, sous couvert de réalisme. L’histoire était assez puissante en elle même pour se passer ce type d’effet.


Anaïs Chériette, 1ère L1.

 

 

 

 

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 12:00

 

Présenté au festival de Cannes en 2012, Le dernier long métrage de Pablo Trapero (réalisateur de Leonera), dont le cinéma a déjà suscité l’intérêt des cinéphiles des routes de la critique, concourrait aussi pour le Prix Renoir. Anaïs nous livre ici ses impressions en VF et en VO !!!

 

 


Dans son film Elefante blanco sorti le 20 fevrier 2013 au cinéma, le grand réalisateur argentin Pablo Trapero nous emmène dans un bidonville délaissé dans la banlieue de Buenos Aires en compagnie de deux prêtres: Julian (Ricardo Darin), Nicolas (Jérémie Rénier) et Luciana (Martina Gusman) une jeune assistante sociale athée qui s’emploient à rendre la vie de ses habitants plus facile.

Dans la banlieue de Buenos Aires, deux prêtres, Julian et Nicolas, deux amis de longues date, prennent en charge un projet social pour la population délaissée. Nicolas le rejoint après l’échec d’un projet qu’il menait dans la jungle, où des forces paramilitaires ont assassiné les habitants. Traumatisé, il trouve un peu de réconfort auprès de Luciana, une jeune assistante sociale. Ensemble, ils décident de continuer la construction du plus grand hôpital de l’Amérique Latine. Cependant, ils n’obtiennent pas assez d’argent pour finaliser ce projet. Plusieurs problèmes surviennent, en particulier le trafic de drogue fortement présent dans ce bidonville, qui provoque de grandes tensions entre les trafiquants, la police et les habitants du bidonville qui ne se sentent pas en sécurité. Quand le ministère ordonne l’arrêt des travaux pour l’hôpital, c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres.

C’est avec réalisme que Pablo Trapero nous emmène au cœur de la misère sociale des bidonvilles d’Argentine. C’est en compagnie d’acteurs attachants comme Ricardo Darin, Jérémie Rénier et Martina Gusman, que nous suivons tout au long de ce film, que nous compatissons avec cette population ayant peu de moyens et très peu de revenus.

Tout nous étonne. Comme la capacité des acteurs à jouer lors de longs plans séquence tout en étant crédibles, comme la réalité présente à laquelle nous ne pensons pas lorsque nous vivons dans un pays où les bidonvilles n’existent pas, comme cette violence des paramilitaires, des policiers argentins et ces recours au trafic de drogue pour pouvoir nourrir sa propre famille.

Réaliste, étonnant & bien présenté, ce film nous plonge au cœur d’une misère sociale présente mais cachée et pas prise en compte par les politiciens qui eux, hauts placés, ne se soucient pas du mal-être de cette population délaissée.

Anaïs, 1ère L1.

 

 

 

Jérémie Régnier et Ricardo Darin, deux des acteurs d'Elefanto Blanco.

 

 

 

 

Et voici le texte dans sa version espagnole (elle tient d'ailleurs à remercier notre assistant mexicain Daniel, pour ses conseils linguistiques) :


Saliendo el 20 de febrero 2013 en cine, la pelicula Elefante blanco del realizador argrentino Pablo Trapero nos transporta con realismo a una villa olvidada en los barrios bajos de Buenos Aires, en compañia de de dos padres Julian (Ricardo Darin), Nicolás (Jéremie Renier) y Luciana (Martina Gusman) una joven asistente social atea que trabaja para hacer las vida de sus habitantes más fácil.

En los barrios bajos de Buenos Aires, dos padres, Julián y Nicolás, dos amigos de tiempo atrás toman a cargo un proyecto social para la población abandonada. Nicolás lo reencuentra después del fracaso de un proyecto que realizaba en la selva, donde los paramilitares habían asesinado a los habitantes. Profundamente impactado, encuentra un poco de reconfortamiento al lado de Luciana, una joven asistente social . Ellos deciden de continuar la construcción del más grande hospital de América Latina, mientras que no poseen suficiente dinero para acabar con este proyecto. Diversos problemas toman parte, el tráfico de drogas esta fuertemente presente en la villa y provoca grandes tensiones entre los dos grupos de traficantes existentes, la policia, y los habitantes de la villa, que ya no se sienten seguros. Cuando el ministerio ordena detener los trabajos del hospital, es la gota que derrama el vaso.

Es de una forma envolvente que Trapero nos tansporta al corazón de la miseria social tan presente en las villas de Argentina. En compañía de actores coprometidos como Ricardo Darín, Jérémie Régnier y Martina Gusman, que seguimos a lo largo de la película, empatizamos con el pueblo olvidado quien tiene bajos recursos y muy pocos medios.

Todos nos sorprende. Como la capacidad de los actores para hacer largas secuencias siendo estas tan creíbles, como la realidad presente en la cual no pensamos cuando vivimos en un país donde las favelas no existen, como esta violencia de los paramilitares, de la policia argentina y los distribuidores en el trafico de drogas quienes lo hacen para poder alimentar a sus familias.

Realista, sorprendente y muy bien presentada este filme, nos introduce al abismo de una miseria social presente, más escondida e ignorada por los politicos que en sus altos cargos no se preocupan por las desgracias de este pueblo olvidado.

Anaïs Chériette, 1ère L1.

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 12:01

Autre film de la sélection pour le Prix Renoir : La Parade, un film serbe sur l'homophobie qui raisonne tristement, à l'heure où les Routes de la critique publient le texte de Gabriel, avec l'actualité de notre pays...

 

 

J’ai pu voir un film exceptionnel dans le cadre du prix Renoir des lycéens : La Parade, de Srdjan Drogojevic. Le plus amusant à propos de la sortie, reste la date, le 16 Janvier 2013. Elle fait partie des nombreuses semaines de polémique dues au débats sur le mariage pour tous.

La Parade raconte l’histoire d’un couple d’homosexuels voulant organiser une GayPride à Belgrade. Lemon, le chef des gangsters de la ville, forcée par sa fiancée, va être obligé de les aider. Et pour ce faire, il part à la recherche d’anciens camarades à lui, des mercenaires. Comment se déroulera le voyage ? Réussiront-ils finalement à organiser cette parade ?

C’est un film qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie, les personnages sont attachants, et bien que bourrus pour certains, ce sont des êtres fiers et toujours prêts à rendre service à un vieil ami, ou à un nouveau, comme Roko (Goran Navojec) qui est prêt à les aider alors qu’il était réticent au début, juste après que Radmilo (Milos Samolov) a fait accoucher son ânesse. Le rythme est rapide, mais facile à suivre, l’histoire est très intéressante, car comment des gangsters nationalistes et presque homophobes, vont-ils pouvoir s’entendre avec des homosexuels ? Les scènes sont parfois absurdes mais humoristiques, comme le flashback, montrant Roko et Lemon pendant la guerre. Scène rappelant au spectateur français un certain humour rabelaisien et disons-le scatologique. Le jeu des acteurs est aussi remarquable, bien qu’ils ne soient pas (encore) très connus.

Ce film comporte aussi des références cinématographiques avec Ben Hur (1959), le film préféré de Lemon, ou encore la référence aux Sept mercenaires. Comment ne pas faire le rapprochement avec la violence dénoncée d’une autre manière chez Stanley Kubrick, quand on reconnaît, dans une scène d’affrontement, un des thèmes musicaux de Barry Lyndon, la fameuse Sarabande d’Haëndel ?

Il a aussi un intérêt historique, car on nous y montre la « guerre » bien que brièvement, mais au début, on nous donne les insultes utilisées par les différentes nationalités, et on y rajoute une nouvelle, à propos des homosexuels.

C’est pourquoi je recommande ce film, qui mêle tristesse et humour sans trop d’excès, et qui met en avant de nouveaux acteurs remarquables.

Gabriel Chesnoiu, 1ère S5.

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 12:00

De Foxfire à Camille redouble, il n'y a qu'un pas... ou plutôt la magie d'un écran de cinéma. Camille, élève de 1ère L1, avait vu le film lors de sa sortie, à l’époque de la rentrée scolaire : elle avait souri à cette histoire, avait été émue aussi, mais pudique, elle ne s’étale pas là dessus dans son article (ci dessous). Puis elle a vu Camille redouble une seconde fois, a apprécié de partager ses impressions avec 34 camarades de la classe. Voici son article, livré avec quelques mois de recul, déjà…

 

 

Camille Redouble

 

Camille redouble, un film de Noémie Lvovsky (2012).

 

Camille a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric. Ils s’aiment passionnément et Camille donne naissance a une fille. 25 ans plus tard : Eric quitte Camille pour une femme plus jeune. Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé. Elle a de nouveau seize ans. Elle retrouve ses parents, ses amies, son adolescence et Eric. Va-t-elle fuir et tenter de changer leur vie à tous deux ? Va-t-elle l’aimer à nouveau alors qu’elle connaît la fin de leur histoire ?

Camille Redouble est un film qui s’adresse à un public de tous âges, adultes ou adolescents. Noémie Lvovsky (avec un scénario plutôt du genre culotté) nous renvoie vers une réalité qui nous échappe parfois et qui dans ce film nous rappelle que grandir, ça n’est pas facile, et ça ne veut pas dire forcément oublier ses désirs d’adolescents. Cette fixation sur la différence d’âge, et cette manière de revenir en arrière dans le film peut peut-être s’expliquer par la mythique crise de quarantaine ou cinquantaine tant redoutée par tous. Noémie Lvovsky a su renvoyer certains spectateurs vers des souvenirs, des sentiments intimes, bien souvent révélés dans certaines scènes comme celles où Camille partage de nouveau des moments avec ses parents (Yolande Moreau & Michel Vuillermoz), ou quand Camille vit à cent à l’heure avec ses trois copines de lycée. En ce qui concerne la musique, la B.O. a été confiée à l’artiste Gaëtan Roussel et au compositeur Joseph Dahan.

Camille redouble, c’est une bonne dose de rires, de sourires, et de mélancolie. Tout ça parfaitement lié avec cette petite touche inexplicable « à la Lvovsky », qui tire son mérite d’une -je pense- autobiographie de la réalisatrice, finement ficelée, et dévoilant même certaines facettes, qu’elle ne doit pas souvent laisser transparaître.

Camille Déon, 1ère L1.

 


 

Une deuxième fois, cela permet de mieux voir des « détails » qui échappent à la première vision… ou écoute. En particulier la BO, à laquelle Camille est toujours sensible (quand on la croise à la sortie des Stars, avec sa copine Anaïs, c’est souvent à ce sujet que nous échangeons). Mais il est difficile de capter Camille, toujours par monts et par vaux… alors là, on l’avait prise entre quatre yeux. Ou quatre oreilles, comme vous préférez. C’était en hiver, nous avions vu deux films en peu de temps, deux films qui suscitaient, chacun à leur manière, de la nostalgie…


Madame Sourget : qu’est-ce qui t’a plus dans la BO de Foxfire et de Camille redouble ?


Camille : Dans Foxfire, la BO nous plonge dans les années 50. Mais la musique folk de Timber Timbre, elle , donne un côté plutôt intemporel et très intime. Ainsi on est immergé dans une époque que l’on n’a pas vécue, et en même temps on a l’impression que l’on pourrait être une des ces filles , Maddy, Legs… La musique de Camille redouble m’a aussi beaucoup marquée. Elle nous « re-plonge »  dans les année 80. « Walking on sunshine », « 99 luftballons » : ces musiques et leur aspect très festif et dansant, pour le coup, pourraient redevenir à la mode. Ça donne de la gaieté au film, et en même temps, une sorte de nostalgie pour une époque dont on entend souvent parler, que l’on n’a pas vécue (nos parents, si !)… Pour nous, ados des années 2010, il y a comme un petit goût de regret: des années presque mythiques: plus d’insouciance qu’aujourd’hui, de rythme, de couleurs ?


Madame Sourget : Si je te comprends bien, la musique et le thème du temps sont ici étroitement liés…


Camille : Carrément ! On le voit bien avec la scène du jukebox (il y en avait vraiment encore dans ces années là ?). Camille et son prof nomment des chanteurs français: beaucoup sont morts. Aujourd’hui, ils sont quasiment des « mythes »… Michel Berger, Serge Gainsbourg, Barbara… c’est une impression étrange de se rendre compte qu’ils étaient déjà importants à l’époque, et vivants !… Gainsbourg: on connaît le coup du billet brûlé en direct, son personnage de « Gainsbarre » ; certains ont vu son biopic… Mais il n’est pas qu’une légende, il a existé.


Madame Sourget : Et Barbara ?


Camille : La chanson de Barbara, déjà dans les années 80, détonne. Elle est en rupture avec les chansons à la mode de l’époque. Mais elle fait le lien entre les générations; et elle est très bien choisie car « Quand reviendras-tu », paradoxalement, nous renvoie à maintenant. C’est, avec le prof de Camille, un rendez-vous… avec le futur ! On l’entend encore parfois à la radio.


Madame Sourget : Tu ne dis rien des chansons de Gaëtan Roussel ?


Camille : Je connais un peu son ancien groupe Louise Attaque, mais là, bizarrement, je n’y ai pas prêté une grande attention. Je n’y ai perçu qu’un accompagnement illustratif du film, une atmosphère... mais ces airs là ont, à mon sens, moins d’impact que les tubes des années 50 !


Madame Sourget : Parle-nous de l’air de musique qui t’avait marquée à la sortie du cinéma, l’autre jour… Tu sais, l’air que Camille écoute à la radio...


Camille : Ah oui ! Complètement anachronique pour le coup ! Je l’ai remarqué la deuxième fois : c’est une chanson d’Asaf Avidan, « One day ». Je me suis demandée si c’était une erreur (comme la couette ikéa !)... Avec le recul, je me dis que non. En tout cas, c'est le genre de détail qui nous laisse sur une interrogation. Le présent qui surgit dans le passé ? Camille y prête-telle attention ? Apparemment, pas. Mais Noémie Lvosky, quant à elle, veut peut-être nous dire quelque chose... Si vous pouviez poser la question en avril, ma curiosité serait peut-être satisfaite…

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 12:00

Le cinéma,  c'est bien connu, ça fait causer... Un peu partout d'ailleurs : à la sortie de la projection, dans la rue, dans un bistrot, ou bien dans un lycée... La preuve...


   

 

Extérieur jour. A la faveur de la neige… quatre élèves de la classe errent comme des âmes en peine dans les couloirs du lycée, au cœur de l’après-midi. Les voici capturés par leur prof de français pour un petit entretien au sujet de Foxfire, vu il y a -déjà- une bonne dizaine de jours. Justine, elle, ne dit pas grand chose : elle prend des notes… Mais on la sent très solidaire de l’avis de Mathilde : solidarité féminine ?


Paul : ma première et seule question est : avez vous aimé le film ?


Antoine : pas détesté, mais bof.. pas particulièrement séduit.


Mathilde : (sans hésitation, ton franc) : oui ! J’ai beaucoup aimé.


Mme Sourget : est-ce que le fait que les personnages aient plus ou moins votre âge a pu jouer dans ton intérêt pour le film, Mathilde ?


Mathilde : oui, je pense…


Antoine : le problème, c’est que l’on n’arrivait pas à s’attacher vraiment à ces personnages. Je ne suis pas parvenu à bien les cerner, et encore moins à m’y identifier…


Paul : il faut dire que ce sont des filles…


Antoine : c’est vrai, je dois admettre que ça m’a gêné… Disons que j’ai trouvé « lourd » ce féminisme agressif, ce « girl power ». J’aurais aimé que le cinéaste développe d’autres thèmes, soit un peu plus nuancé.


Mathilde (petit sourire) : eh bien, cette revanche que les filles prennent sur les caïds, et plus généralement sur la domination masculine, ça ne m’a pas déplu, au contraire ! Après tout, ça peut se comprendre dans le contexte des années 50, où les femmes avaient moins de libertés qu’aujourd’hui. Encore que… tout dépend de quelle culture on parle. Par ailleurs, une histoire de « gang de fille », j’ai trouvé cela original, je n’avais jamais vu cela au cinéma.


Mme Sourget : est-ce que vous vous êtes rendus compte que la plupart des actrices n’étaient pas professionnelles ?


Mathilde : absolument pas, je les ai trouvées naturelles et convaincantes.


Antoine : personnellement, j’ai été exaspéré par le jeu de celle qui incarnait Rita : je trouvais qu’elle sonnait faux. En revanche, les actrices qui interprétaient Legs et Maddy, la rousse…


Paul : oui, la narratrice…


Antoine : elles, elles jouaient vraiment bien !


Mme Sourget : mais alors, qu’est-ce qui t’a déplu ?


Antoine : en fait, j’ai été déçu par une certaine incohérence dans l’itinéraire de ces personnages, en particulier de Legs. J’adhère à son combat, à ses idées. Globalement, je les trouve légitimes. Elle ne fait rien de mal, et rétablit même une forme de justice, même si elle commet quelques délits mineurs. Mais pourquoi enlever un homme qui ne leur voulait pas de mal ? Qui était même humain, prêt à les aider ? Là, Legs se contredit, elle va contre sa propre idéologie...


Mathilde : oui, je suis d’accord avec toi sur ce point. Moi aussi, ça m’échappe ...


Mme Sourget : mais ne vous êtes-vous pas dit que justement, c’était plus réaliste ainsi ? Le but de la romancière J.C Oates, et aussi de L. Cantet qui adapte, c’est sans doute de montrer comment les utopies s’effondrent, face à la réalité…


Antoine : n’empêche, ça casse la logique et la la beauté de l’histoire.


Mathilde : j’ai trouvé que la fin allait dans tous les sens... et pas dans le bon.


Mme Sourget : avez-vous avez senti que ce basculement s’opérait à partir du séjour en prison ? Enfin, je veux dire, le séjour de Legs à la maison de correction ? Cela signifie peut-être quelque chose, non ?


Antoine : je n’ai pas remarqué, pas particulièrement. Par exemple, Legs, même après des mois d’enfermement, semble avoir encore des idéaux : elle accepte une jeune noire, tente de l’intégrer dans le groupe. C’est vraiment dommage qu’elle échoue à imposer ses idées. C’est décevant. Et par la suite, j’ai l’impression qu’elle et ses compagnes tombent dans la spirale de la violence gratuite et stérile...

 

***

 

Magie du montage. Scène intérieure nuit . Nos cinéphiles en herbe se retrouvent transportés un étage plus haut, en salle 305. Même décor de classe impersonnelle. Mais cette fois, les acteurs et figurants sont un plus nombreux… Antoine et Mathilde sont littéralement bombardés de question.


Camille (qui a redoublé, mais c’était dans une autre vie, ne digressons pas de notre sujet) : bon alors, et la musique ? Qu’avez-vous à nous dire sur la BO de Foxfire ?


Justine : ah oui, j’ai lu quelque part que le compositeur était Timber Timbre.


Antoine : à vrai dire, je n’y ai pas prêté attention.


Mathilde : moi non plus…


Camille (qui redouble sa question) : ah bon ? (on sent la déception). Pourtant, c’est important, la musique, personnellement ça m’a marquée.


Mme Sourget (opportuniste, elle pense au blog !)  : Camille, tu pourras nous rédiger un texte sur la musique de Foxfire ? Et pourquoi pas celle de Camille redouble ? Pour le blog du prix Renoir des Lycéens, s’il te plaît ?


Paul (pas le même) : c’est bien beau, tout ça, mais enfin on n’a presque rien dit de la portée politique du film. Vous y avez été sensible ?


Paul (le premier) : on n’a pas le droit de parler de politique ! Sujet interdit.


Mme Sourget : il n’y a rien d’interdit sur le blog. On peut d’ailleurs parler de politique sans prendre parti pour qui que ce soit.


Antoine : la dimension politique du film est très claire, oui. La fin avec la coupure du journal, la photo avec Fidel Castro… Le personnage du vieil activiste communiste, dont Legs boit les paroles. Je la trouve d’ailleurs un peu naïve. Et puis, la conversion chez les parents de Marianne, à table…


Paul (l’autre Paul, pas le premier) : les filles de Foxfire, à leur manière, font de la politique.


Mathilde : ce n’est pas ce que j’ai vu en premier dans ce film. Cela ne m’a pas particulièrement frappée. Je suis plus sensible à l’évolution personnelle de ces filles.


Antoine : Il y a aussi, me semble-t-il, des allusions à d’autres tendances  politiques, en tout cas à une forme d’extrémisme : les tatouages, les serments « a la vie à la mort » : il y a un côté sectaire dans la démarche de Legs, même si elle ne le souhaitait pas au début. Au fur et à mesure, les actions deviennent de plus en plus violentes, mais aussi finalement assez vaines voire stupides… un coup de peinture par ci, une petite manifestation devant un magasin d’animaux par là… Où est la réflexion politique là dedans, l’argumentation ?


Camille : j’aurais aimé, pour ma part, que les filles aillent à la fois plus loin dans l’action et dans le discours, et qu’elles s’expriment réellement en face des garçons, des hommes : qu’elles s’expliquent. J’aurais apprécié une vraie confrontation.


Justine : finalement, Legs ne parle pas vraiment à son père. Au procès, les membres du groupe ne se défendent pas vraiment… elles sont à peine solidaires de Legs, elles semblent se soumettre aux décisions des adultes.


Camille: Elles auraient pu, au moins, réagir un peu…


Caroline : on est en dans les années 50. Il faut garder cela à l’esprit. Un jeune de cette époque là n’a pas le droit à la parole face à l’autorité des adultes.


Antoine : ma remarque vous paraîtra peut-être hors de propos : mais quand les membres de Foxfire peignent leur flamme partout, ça m’a un peu fait penser à la Vague (1)… vous voyez, l’effet de groupe: les membres de la Vague et de Foxfire tombent dans le radicalisme, mais une fois de plus, au détriment de la réflexion.


Paul (on aura noté que ce garçon s’intéresse à la politique et à l’histoire, sur lesquels il travaille en TPE) : c’est clair que ce qui se passe au sein du gang de Foxfire fait écho à ce qui a pu se passer dans l’Histoire : les dérives du communisme, l’endoctrinement, l’exclusion de certains membres qui n’ont pas voulu suivre la droite ligne du parti…


Un petit groupe approuve. On aurait aimé poursuivre, mais la cloche sonne. L’heure est au bilan : sur les 14 élèves présents, 11 affichent un réel goût pour Foxfire ; mais 3 hésitent avec Camille redouble. Les deux films parlent du temps, a-t-on remarqué : joli sujet pour un prochain article ? On attend aussi le papier de Camille, qui nous a promis de nous parler musique…


(1) film de 2008 de Dennis Gansel, inspiré du livre de Todd Strasser, œuvre connue de tous les lycéens allemands.

 

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 17:40

 

Dans un article paru aujourd'hui, La Voix du Nord a mis à l'honneur les cinéphiles du Lycée Mariette :

http://www.lavoixdunord.fr/region/boulogne-sur-mer-caroline-et-anais-lyceennes-a-ia31b49030n1189078

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 00:02

Au départ, il y a le roman de Joyce Carol Oates. Puis une première adaptation au cinéma en 1996 par Annette Haywood-Carter avec Angelina Jolie au casting (dans le rôle de Legs). Puis, Laurent Cantet, réalisateur français titulaire d'une Palme d'or à Cannes, a décidé de proposer son Foxfire. Au final, peut-être un des films les plus plébiscités par nos cinéphiles en herbe. Regards croisés sur Foxfire, confessions d'un gang de filles, en lice pour le Prix Jean Renoir des Lycéens.

 

 

Sorti en 2013, Foxfire, un film franco-canadien réalisé par Laurent Cantet, raconte la création d’un gang secret appelé « foxfire ». Réaliste et intemporel, ce film nous plonge à l’intérieur des années 50 aux Etats-Unis.

1953, dans un quartier populaire d’une petite ville aux Etats-Unis, une bande de copines créent un groupe secret qu’elles nomment « foxfire », afin de se venger des humiliations dont elles ont été victimes. A leur tête, un esprit post-révolutionnaire, Legs, adulée par toutes. Elles poursuivent toutes le même rêve utopique “ vivre selon ses propres lois “. Mais les choses se révèlent plus difficiles qu’elles ne l’imaginaient, et les problèmes ne font que commencer. La réalité des choses aura vite raison de leur idéal.

Le point fort de Foxfire, c’est la mise en valeur d’un féminisme bien plus que défendu qui peut même être interprété comme une sorte de provocation, mais aussi son intemporalité qui déstabilise forcément à certains moments . Sans oublier les idées qui traversent le film, comme l’évocation de l’idéal communiste, et le désir de vivre sa vie comme bon nous semble, sans contraintes, sans interdictions, sans véritables lois, et dans le respect de la communauté. Ce film confronte habilement des idéaux face à la réalité. La réalisation est bien maîtrisée, des actrices sont aussi talentueuses les unes que les autres, et des décors extrêmement bien travaillés nous renvoient dans les années 50 de façon immédiate. L’ambiance y est des plus réalistes, les liens entre les filles sont des plus intenses et chacun particuliers, ils ont leur propre place dans ce long-métrage. La musique a été choisie de façon bien réfléchie : elle s’accorde complètement à l’époque, à l’intrigue, ; toutefois certains morceaux de la BO ont été confiées au groupe canadien Timber Timbre, dont le folk donne au film sa touche intemporelle.

Foxfire, c’est une envie de liberté, d’assurance, un échappatoire à une société étouffante et surtout, c’est un film qui a ses valeurs et qui sait les mettre en avant.

Camille Déon, 1ère L1.

 

 

 

 

Foxy ladies.

 

Un film sur une remise en cause d’un sujet que l’on peut toujours penser d’actualité (même si moins « grave »), la misogynie et le machisme. Les actrices, emmenées d’une main de maître par un réalisateur français dont on ne reconnaît pas si facilement la « palme »: cette fois, Laurent Cantet a osé franchir l’Atlantiques et les années…

Rien qu’en regardant l’affiche, on comprend beaucoup de choses sur les personnages principaux.

1955, USA, un groupe de lycéennes essayent de défendre les droits des femmes par différentes actions humiliantes pour les hommes machistes qu’elles connaissent. Mais elles perdent vite le contrôle de leurs gestes, et la meneuse part en centre de redressement ; ce qui ne change rien car dès sa sortie les filles recommencent leurs délits et décident de s’installer ensemble. Par manque d’argent pour payer leur logement, elles s’écartent gravement du droit chemin qu’on attendait de jeunes filles sages dont elles ont l’apparence.

Le début de ce film est déroutant, on manque de repères, car Laurent Cantet nous lance directement « Entre les Murs » de la chambre de Maddy, la narratrice de cette histoire profonde. Un peu trop directement car entre des plans de caméra à l’épaule rapides, la voix off ou les scènes de confidence, on ne saisit pas tout de suite le fil. Mais cette impression de flou -malheureusement un peu trop longue à se dissiper… – est largement compensée par l’attachement aux personnages, à l’intrigue , par les lieux et les rituels du gang des filles. Les plans de caméra, notamment les plans américains, nous permettent de nous projeter dans leur groupe. La sincérité des actrices et l’ambiance que dégage leur jeu est prenante. Cela permet de maintenir notre intérêt lors des passages longs (Lorsque Legs est en centre de redressement) qui cassent un peu le rythme du film. Ce qui est encore plus impressionnant c’est le fait que ces actrices sont – comme dans Entre les murs – amatrices. Elles se sont investies et cela ce ressent. Pour notre plus grand bonheur.

Pour conclure, je ne dirai que deux chose : premièrement, allez voir ces « confessions de Maddy » si vous le pouvez, car, deuxièmement, ce film n’a pas encore eu selon moi le succès mérité en France. Il faut promouvoir le Made In France, tabernacle !

Loïc Anquez, 1ère S5.

 

   

Foxfire ou la jeunesse enflammée.

 

Laurent Cantet nous plonge dans l’effroi réaliste et séduisant de l’intimité adolescente où le féminisme prend feu. Sortie le 2 janvier 2013, c’est l’histoire unique et inquiétante d’un gang de fille américain en 1955: guidées par leur chef Legs et emportées par le désir brut de vengeance contre la répugnance perverse d’un man’s world, elles manipuleront ces hommes à leur avantage , sans s’encombrer de honte.

Retournons d’abord un instant à la vivacité instinctive de la jeunesse des années 50. Après des années de tensions opprimantes, elle se libère, cherchant son identité et trouvant sans difficulté sa culture consumériste et sexuée, menée par la devise issue de l’éphémère James Dean et vue comme réaction naturelle à la menace nucléaire, “live fast, die young”.

Les mots brûlants de ce gang de fille, “Foxfire burns and burns” sont bien dignes de cette génération, mais à laquelle il faudrait ajouter la contestation de jeunes filles à la recherche d’une vraie place dans une société devenue moderne mais qui les contraint encore plus dans leur image d’objet sexuel.

C’est alors qu’intervient le génie des années 50 dans l’originalité voulue de ce film – ni trop éloignées, ni trop récentes, à la fois par le temps et le modèle social qui y régnait . Le spectateur, et surtout l’adolescente d’aujourd’hui, y trouve sa place, s’identifiant par une sorte d’automatisme naturel aux personnages qui sont d’ailleurs ordinaires, car sans idéalisation , mais captivants par la diversité des personnalités féminines et par un jeu d’acteur rafraîchissant, mélangeant force et frustration. Ceci vaut surtout pour Raven Adamson qui joue une meneuse charismatique, tourmentée mais sûre d’elle et incarnant au fil de ses exploits rebelles, l’ultime garçon manqué… jusqu’au moment de devenir une figure de force et d’autorité, chef de la destinée de ces filles qu’elle n’embarque pas sans risques : vol de voiture, simulation de prostitution et autres crimes bien plus graves sont au rendez-vous.

Cependant, l’actrice Katie Coseni et son personnage de Maddy sont d’une importance sous-estimée. Narratrice, écrivaine de l’agenda intime du groupe et montrée dès la première scène comme la confidente de Legs, elle est celle qui permet au spectateur de rentre en douceur, par sa fragilité enfantine apparente, intelligence mature et détermination silencieuse, dans cette rêverie violente de filles. On commence par ressentir, malgré soi, une jubilation face à leur culot , mais au final on a tendance à mépriser leurs actes extrêmes, poussant à leur et à notre éveil de conscience attendu. Vient alors l’heure du désenchantement. Sachant que ce film ne semble pas pour autant vouloir faire la morale, traitant plutôt avec amour ces “vilaines filles”, à vous de vivre l’expérience…  

Jasmine Moolan-Feroze, 1ère L1.

 

 

 

 

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